1715 - Le soleil s'eteint

ISBN : 2-84050-279-8
Date de publication : 20/12/2001
Nombre de pages : 208
12,00 €

L'auteur a choisi une unité chronologique à  la fois fondamentale et inusitée : l'année. Cette perspective a l'avantage de saisir ensemble ce qui bascule, comme dans l'histoire ponctuelle, et ce qui demeure, comme dans l'histoire durative. Elle est particulièrement appropriée pour l'année 1715, qui marque la fin du plus long règne de l'histoire de France.
Francis Assaf opère une coupe permettant d'appréhender simultanément les situations politiques et les configurations culturelles : on part du connu (la mort du roi) pour aller vers un mixte de connu et d'inconnu (la littérature, qui juxtapose un chef-d'œuvre comme Gil Blas à  la tragédie de Proserpine, qui célèbre par des personnages allégoriques la paix d'Utrecht) et de là  vers le presque purement inconnu (la production intellectuelle dans le kaléidoscope de ses disciplines). On dispose ainsi du panorama qu'avaient sous les yeux nos prédécesseurs intellectuels de 1715 : un continent presque complètement englouti pour nous, qui assemble tous les territoires à  l'exploration desquels s'intéressait l'homme cultivé - plus tout à  fait "honnête homme", pas encore "philosophe" - du début du XVIIIe siècle, de l'anatomie à  la théologie en passant par l'archéologie, le droit, la géographie, la littérature (c'est le moment, entre autres, de la querelle d'Homère), la musique, la philosophie, etc.
L'inventaire est des plus divers, puisqu'on y croise des dissertations sur l'usage de la trompette dans l'Ancien Testament, une apologie de l'ignorance ou une Histoire des personnes qui ont vécu plusieurs siècles. Mais surtout, il est significatif: cette avalanche de comptes rendus sur des livres disparates et oubliés restitue un univers culturel dont nous n'avons plus l'idée, non seulement parce que nous ne le traversons que selon la direction de la spécialité qui est la nà´tre, mais parce que nous en privilégions les chefs-d'œuvre, les exceptions géniales, alors que la production intellectuelle d'un temps est faite essentiellement d'avancées minuscules, de platitudes et de bizarreries. Au surplus, la méthode suivie, qui consiste à  synthétiser des articles du Journal des Sçavans de l'année 1715, évite autant que faire se peut les illusions rétrospectives.
Cultura straniera n°122

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